Fiche de lecture - "Les écolos nous mentent", Jean de Kervasdoué, 2020

Dernière mise à jour : 8 mai 2021



Un livre au titre étonnant, évidemment provocateur, surtout pour l’écologiste convaincu que je suis. Et peut-être aussi pour celui que vous êtes. J’ai donc voulu en savoir plus sur ce livre, sur son contenu, afin de connaître les arguments de l’auteur, sa façon de penser, les éléments de son argumentation et les structures de son raisonnement. Afin de le comprendre et éventuellement, si cela se justifie, de pouvoir lui opposer une contradiction. Je vous présente donc ici cette analyse.


Au-delà de la provocation du titre, ce que nous dit l’auteur de façon générale est en réalité assez juste. Nous sommes tous convaincus que l’écologie est un enjeu important. Même l’auteur le reconnait. Mais il y a une différence importante entre l’écologie politique et l’écologie scientifique. Les deux s’intéressent à l’écologie, mais la première a parfois tendance à « idéologiser » le débat, à réduire la réalité des enjeux et des solutions à des slogans simplistes et à utiliser la peur comme élément de pouvoir. La peur que nous pouvons tous ressentir en tant qu’être humain constatant les dégradations de notre espace de survie biologique et nous interrogeant légitimement sur notre avenir et sur celui de nos enfants. L’auteur ne dit pas que l’écologie est un mensonge, mais que l’écologie politique a tendance à instrumentaliser le sujet pour agir sur nos peurs et que ce faisant elle s’éloigne parfois, si ce n’est souvent, de la réalité scientifique.


Un livre au titre étonnant, évidemment provocateur, surtout pour l’écologiste convaincu que je suis. Et peut-être aussi pour celui que vous êtes. J’ai donc voulu en savoir plus sur ce livre, sur son contenu, afin de connaître les arguments de l’auteur, sa façon de penser, les éléments de son argumentation et les structures de son raisonnement. Afin de le comprendre et éventuellement, si cela se justifie, de pouvoir lui opposer une contradiction. Je vous présente donc ici cette analyse.


Il n’y a pas non plus besoin de « mentir » pour être dans le mensonge. Dire une « demi-vérité », amplifier un élément d’analyse ou minorer un autre élément, segmenter son analyse à un espace plus restreint ne sont pas des mensonges en soi mais des « demi-vérités ». Cette façon de procéder est beaucoup plus subtile car personne ne peut vous reprocher de mentir. Mais ces demi-vérités fonctionnent en réalité comme des mensonges, ont le même effet, ne permettent pas de comprendre les enjeux réels ni de prendre les décisions utiles. Ces demi-vérités orientent par ailleurs nos pensées et nos actions dans un but défini préalablement par une vision politique et idéologique de l’écologie. Rien n’est faux et pourtant rien n’est juste également. Les mensonges des écologistes sont donc des vérités partielles et choisies pour influencer nos pensées et nos engagements.


Je le constate moi-même au sein des entreprises que je rencontre, où ce que l’on nomme « développement durable » est géré par des personnes sincères et dévouées, mais qui souvent n’ont aucune culture scientifique et ne connaissent les enjeux écologiques que par voie de presse, soumis aux aléas des événements médiatiques et des réseaux sociaux. Chacun met alors son énergie à dénoncer les enjeux écologiques sans en connaître la portée réelle ; également à invectiver ses collègues ou ses clients à mieux agir mais sans mieux agir soi-même (mais ça, c’est un autre sujet !).


J’ai donc lu le livre de Jean de Kervasdoué avec beaucoup d’attention. Certains chapitres m’ont convaincus, d’auteurs étonnés. Pour certains chapitres, j’ai parfois l’impression que l’auteur fait preuve des mêmes dérives qu’il dénonce et n’aboutit lui-même qu’à ses propres « demi-vérités ». Personne n’est parfait. Mais voici ci-après les idées principales avancées par l’auteur :


  • Comme nous venons de le voir, l’écologie politique et les écologistes de façon générale jouent sur la peur. Chaque réunion internationale est celle de la « dernière chance ». On nous promet la fin du monde dans quelques années à peine. On nous menace des pires maux sur la base d’extrapolations mathématiques aussi approximatives que pessimistes. Or, l’écologie est une chance. Et beaucoup de choses positives se passent que les écologistes ne mentionnent pas. Comme par exemple le fait que l’accroissement du CO2 et du réchauffement climatique profite paradoxalement à la production végétale qui s’accroît dans le monde. Le monde ne va donc pas si mal que cela au final. L’auteur nous invite ainsi à rester optimiste, ce qui fait chaud au cœur…

  • Il y a évidemment un écart souvent abyssal entre l’écologie politique et l’écologie scientifique. L’écologie politique joue sur les idées simples, voire simplistes. Or l’écologie est un univers complexe. Les réalités environnementales sont tout sauf simples. Il n’y a pas par ailleurs d’un côté le monde du bien qui ne pollue pas et le monde du mal qui pollue. Tout pollue. La question n’est pas de supprimer la pollution mais de choisir ses pollutions, non pas de supprimer les contraintes environnementales mais de les choisir. Les solutions techniques proposées par les écologistes, telles que les éoliennes et panneaux solaires par exemple, ou les voitures électriques ne sont pas davantage vertueuses globalement (sur certains points oui mais pas sur tous) mais déplacent les problèmes environnementaux, changent la nature des problèmes sans éliminer l’impact environnemental. C’est cette vision dichotomique et morale, avec parfois des œillères subjectives, que dénonce l’auteur. L’ayant constaté moi-même dans mes propres expériences, je ne peux que souscrire à cette dénonciation.

  • Les problèmes écologistes se posent par ailleurs davantage dans les pays du sud (de façon simplifiée, les pays en développement) que dans les pays du nord (de façon simplifiée les pays riches, l’Europe notamment). Paradoxalement, les populations des pays du nord sont plus engagées politiquement sur le sujet de l’écologie alors que les enjeux les plus importants sont ailleurs. Les parties dits « écologistes » fustigent les comportements de leurs concitoyens et proposent des solutions alternatives qui en réalité ne traitent pas des vrais problèmes à l’échelle du monde. C’est le cas par exemple du traitement des eaux usées ou des déchets, bien gérés dans les pays du nord et souvent inopérant dans les pays du sud, faute de moyens. Les problèmes de biodiversité se posent également moins en Europe, encore moins en France, mais davantage en Afrique, en Asie, en forêt amazonienne. Evidemment, les pays du nord délocalisent leur production industrielle et ce faisant délocalisent leur pollution. Mais l’effort de transformation est paradoxalement moins à faire dans les pays du nord que dans les pays du sud. Ce qui n’empêche pas les pays du nord d’en être coresponsables également.

  • Concernant le nucléaire, la France est le pays qui produit le moins de CO2 dans le monde industriel grâce à son énergie nucléaire (ce qui pose néanmoins le problème du traitement des déchets). Plutôt que de chercher à améliorer cette filière d’excellence, à investir pour innover et la rendre moins polluante, profitant de son faible impact carbone, l’écologie politique propose des alternatives qui émettent paradoxalement davantage de CO2 et qui polluent tout autant mais dans des espaces moins médiatisés, des alternatives qui doivent être également souvent compensés par des énergies fossiles pour ajuster la linéarité de la production électrique. Le débat est ici totalement politique et idéologique, contraire aux réalités scientifiques.

  • C’est le cas également du réchauffement climatique, présenté comme le problème écologique le plus important par le monde politique et médiatique, mais qui n’est en réalité qu’un enjeu secondaire. D’autres enjeux environnementaux sont tout aussi importants, voire plus, comme celui de la biodiversité, celui des déchets plastiques, celui des déchets nucléaires qui vont augmenter dans le reste du monde… Ces enjeux ne sont pourtant pas autant médiatisés. Cela procède d’un choix politique évidemment. Ici les enjeux politiques et industriels entrent en synergie. Car nous devons tôt ou tard trouver des solutions alternatives aux énergies fossiles. Cela procède également d’une hypocrisie comportementale. Car combattre le réchauffement climatique c’est combattre un ennemi invisible, presque théorique. Chacun peut critiquer les entreprises en général, les gouvernements en général, les « autres » sans remettre en cause son propre comportement au quotidien. En revanche, réduire les déchets implique de changer ses habitudes. Il est donc plus facile de combattre le réchauffement climatique que de réduire ses déchets. Cela permet de s‘engager sans effort, de se donner bonne conscience à moindre frais.

  • L’auteur fait par ailleurs un parallèle intéressant entre la peur du réchauffement climatique et la peur de la pandémie Covid-19. Toutes deux sont basées sur les projections mathématiques. Ce n’est donc pas la réalité qui fait peur, mais les projections « fantasmagoriques » de nos ordinateurs et de nos modèles de programmation. La réalité dément pourtant souvent les prévisions les plus alarmistes. Nous créons ainsi nos propres illusions, et nous préférons croire en nos illusions plutôt que de faire face à la réalité du monde.

  • Le sujet des OGM est également traité. N’y connaissant rien personnellement, n’ayant aucune connaissance scientifique dans le domaine, je ne peux que me fier à ce que je lis, évaluer les arguments en fonction de leur clarté et de leur crédibilité. Comme tout un chacun je peux craindre les manipulations génétiques. Mais c’est pourtant ce que l’être humain fait depuis des millénaires, croisant les espèces entre elles pour les rendre plus performantes. Ce que nous faisons en laboratoire aujourd’hui n’est que le prolongement de ce que nous faisions avant à la main dans les champs et dans les étables. Les manipulations génétiques peuvent paradoxalement réduire l’usage des pesticides, produisant un effet écologique positif. Il faut par ailleurs nourrir toujours plus d’humains, sur des surfaces agricoles qui se réduisent du fait de l’extension des villes. Il faut donc produire toujours plus avec souvent moins. Certes nous pouvons faire pousser des tomates et des salades bio sur nos balcons, mais ce n’est pas ça qui va nourrir la planète. La science et l’industrie peuvent ainsi venir en aide à l’environnement, produisant dans des espaces spécialisés et réduits (comme les fermes sous-marines par exemple) les ressources nécessaires à notre survie tout en préservant le reste de la nature.

  • L’auteur s’interroge enfin sur ce que nous appelons « nature ». Considérant que cette réalité que nous tentons de protéger est elle-même en évolution permanente, une réalité que nos ancêtres ont transformé et que l’évolution elle-même transforme. Les paysages de France ont été modelés au fil du temps par nos agriculteurs. L’auteur rappelle que dans notre hexagone les surfaces forestières sont aujourd’hui trois fois supérieures à ce qu’elles étaient il y a deux siècles. La nature crée de nouvelles espèces. Et les pourcentage de réduction des espèces calculés par certaines ONG ne concernent pas les espèces en tant que telles, mais le nombre de spécimens au sein des espèces, minorant la tragédie annoncée.


Refermant le livre de Jean de Kervasdoué on pourrait presque croire que tout va bien, que les problèmes environnementaux sont majoritairement des illusions et que le meilleur est à venir grâce au génie génétique. C’est un livre troublant car il montre une réalité plus positive que celle dénoncée par les écologistes en général, sans pour autant nier la réalité de certains sujets. L’auteur concède par exemple qu’il y a un véritable problème avec la surpêche. Les prises se font toujours plus profondément. Les chaînes alimentaires sont perturbées. Les quantités et la qualité des prises déclinent. Mais qui s’en soucie ?


Peut-être l’auteur est-il trop optimiste ? Peut-être lui-même ne nous dit-il que des vérités partielles, minorant les éléments qui pourraient déranger son analyse et ses conclusions ? L’auteur site par exemple une étude qui indique que l’impact environnemental a diminué dans nos pays européens au cours des dernières années, que nous créons déjà plus de valeur en consommant moins de ressources. Mais ayant porté un regard curieux à cette étude je constate qu’elle réduit le champ d’analyse au territoire national sans prendre en compte l’ensemble des chaînes de valeur à l’international. Nous polluons donc moins ici mais toujours et souvent plus ailleurs. Nous sommes en réalité devenus les spécialistes du déplacement et de l’évitement, rejetant loin de nos caméras et à l’arrière de nos décors les réalités nauséabondes que nous produisons et que nous feignons d’ignorer.


En conclusion, le point le plus important est pour moi cette distinction entre écologique politique et écologie scientifique. Quelle que soit la réalité des enjeux écologiques que nous devons traiter, cette réalité ne peut en aucun cas être abordée par des regards ignorants et par des slogans simplistes. L’écologie est le royaume de la complexité. C’est la difficulté de l’action écologique. Sur ce point nous ne pouvons qu’être d’accord avec Jean de Kervasdoué…


WiseBusiness21 – Mai 2021

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